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Est-ce qu'on pourrait arrêter de se demander qu'elle est la part autobiographique d'un bouquin, d'une histoire et se concentrer sur le travail ? Bon sang de bois brut de décoffrage ! Nan, parce qu'il arrive que le travail représente plus de 90 % d'un bouquin ! En ce qui me concerne, ça peut aller jusqu'à 97%, car si j'ai l'imaginaire fertile, en revanche j'ai peu de talent et il me faut donc résolument beaucoup travailler. Avant de bientôt mettre mon quatrième chapitre de Palimpseste en ligne, je voudrais remettre les pendules de l'écriture à l'heure et notamment les pendules palimpsestiennes... Alors, je ne suis pas Lisons, ma mère ne chialait pas en me regardant mioche et je ne cherche pas un gars qui répondrait au critère de la petite annonce du début de mon livre ! J'ai choisi un cochon dans mon Palimpseste parce que j'aime bien ça, les cochons roses et proprets. Je trouve que c'est un animal accusé de bien des travers depuis trop longtemps et je suis du genre à défendre la veuve, le cochon et l'orphelin ! Si j'aime écrire, c'est que la page blanche est le plus fabuleux espace de liberté qui soit : en pliant, tordant et assemblant les mots et les phrases, on peut faire à peu près n'importe quoi. Un torcheur de croute peut devenir le génie pictural de son temps, le dernier des lâches le plus grand courageux que la terre ait porté, un éjaculateur précoce peut se métamorphoser en un amant hors norme (c'est d'ailleurs, le cas de Don juan : s'il changeait si souvent de conquête, ce n'est pas parce qu'il aimait courir les filles, mais parce qu'il avait trop honte de ne pas les satisfaire ! Ce n'était pas par goût mais par lâcheté qu'il passait son temps à changer d'identité et de femme. Ne rigolez pas, j'ai étudié ça à la fac ! Or, c'est vachement sérieux l'université. Et puisque c'est si sérieux, la preuve est donc faite qu'on peut faire dire à un texte tout et n'importe quoi !). Je ne vois pas pourquoi je devrais revendiquer à tout bout de champ le droit d'user de ma liberté d'écrivain. Alors si je cuisine un mafieux, on va m'imaginer flic ou cannibale ? Et si je défends une prostituée, que je me suis mise à exercer le plus vieux du monde ? Faut-il que je m'inscrive en fac de médecine pour écorcher vif un chirurgien ? Franchement, soyons raisonnable... Si je fais mourir un type dans une histoire, va-t-on croire que je suis une meurtrière ? Et si ce type l'avait bien cherché, après tout, ça en soulagerait peut-être plus d'un, de le voir gisant sur une feuille blanche, vous ne trouvez pas ? Moi si... J'écris parfois en réaction... Oui, il arrive que dans certains cas, l'écriture soit une nécessité vitale pour moi. An fond, elle n'est que l'aveu de mon impuissance à changer les choses. Par exemple, je viens d'entendre une sombre histoire, une histoire de gars qui cogne sur une femme. Alors, je n'ai qu'une envie : me soulager de la misère humaine sur le papier à défaut de pouvoir faire autre chose... Mettons que ce type était tout ce qu'il ya de plus précieux, oui c'est le mot qui me parait le plus approprié. Je déteste ce qualificatif... Mettons qu'il s'appelait André ou Tartampion, qu'importe, il ne devrait même pas avoir de nom. Il était lettré, toujours propre sur lui, manucuré de frais, le costume toujours impeccable et la cravate particulièrement bien nouée. Il arborait un petit sourire légèrement pincé et était très poli. (Ma mémère aurait dit qu'il était trop poli pour être honnête et elle aurait eu raison...). Il disposait des femmes comme on dispose des objets. De préférence des objets jetables et tant pis si c'est pas recyclable... Il était néanmoins vieux garçon et bien qu'il gagne parfaitement sa vie, il vivait encore chez sa Môman, car sa Môman repassait impeccablement les chemises, faisait un bon fricot et curait parfaitement les derrières de meubles... Môman avait une belle maison avec un porte manteau serviable, un vrai gentleman, courtois et courageux : il pouvait porter jusqu'à vingt manteaux sans faiblir. Môman était vieille, elle avait l'âge d'être plusieurs fois grand-mère et aurait dû jouer les mamies gâteau pour une ribambelle de chiards... Oui, mais Môman n'avait qu'un fils. Un fils unique qui, pour tromper l'ennui, lui cognait dessus. Jamais sur le visage, toujours sur une partie recouverte par un vêtement, de préférence un endroit bien caché que Môman ne montrait plus depuis bien longtemps. Très exactement depuis qu'elle n'avait plus d'homme dans sa vie à part son fils qui n'était pas vraiment un homme... Tous les matins, André lisait son journal en se faisant servir le petit déjeuner par sa vieille mère qui n'avait pas le droit de partager sa table : manquerait plus que ça ! Malheureusement, la bourse s'était effondrée ce matin là. Toutes ses petites économies qui faisaient de jolis zéros bien alignés sur son compte en banque fondaient comme neige au soleil... Môman passait par là, elle avait tord, elle en serait responsable pis, faut bien se défouler un peu avant d'aller au boulot, non ? Faudrait voir à pas s'en prendre au chef ou à un collègue... Dehors, il faut rester toujours poli et courtois... Qu'est-ce que les gens pourraient bien penser de lui, sinon ? Il n'y était pas allé de main morte. Môman était sur le carreau. Il la piétina une dernière fois en sortant. Heureusement, le fidèle et serviable porte manteau prêta main forte à la pauvre vieille et appuyée contre lui, elle pu se remettre d'aplomb et se trainer tant bien que mal jusqu'à son lit pour y rendre son dernier souffle... André, quant à lui, eut une excellente journée : il gagna du gallon, eut une promotion et fit des placements extraordinaires et son compte en banque se remplit à nouveau de tout un tas de zéro qui faisait une somme colossale, indépensable en une seule vie... Rentré chez lui tard, le sourire aux lèvres, heureux de retrouver son lit avec des draps frais parfumés à la lavande, il s'est précipité dans le couloir pour aller se coucher au plus vite. Oui mais, c'était sans compter sur le porte manteau qui l'y attendait de pied ferme. L'objet excédé lui est tombé dessus, cognant tout son content. André, bleu, gisait sur le sol, tremblant : le porte manteau se redressa et retourna dans son coin pleurer la vieille de tout son coeur de bois brut... Dans mon monde à moi, celui que je m'invente pour compenser et qui est juste, d'une justice inébranlable, les objets ont parfois plus d'âme que les êtres humains... De toute façon, qui donc porterait secours à une vieille femme humiliée ? Alors quand j'entends une histoire sordide de ce genre là, je me dis qu'il n'y a plus qu'à espérer que les objets mille fois témoins d'atrocités sans nom aient une âme et du courage... Que se cache-t-il donc derrière les gens qui savent toujours tout maitriser ? Sagesse zen, ou autre chose ? Nul ne le sait... Il ya des jours, des jours comme aujourd'hui, ou j'aime les hommes incapables de se maitriser, qui se mettent à défendre avec fougue ou colère une idée, une personne en pleine société, au su et au vu de tout le monde... Oui, j'aime les grandes gueules... Et j'aime encore plus les hommes qui ont le courage de pleurer devant témoins parce qu'ils sont malheureux. Un aveu de faiblesse est sans doute la plus belle marque de courage... Je crois qu'il n'y a que les lâches pour dire qu'ils sont toujours forts...
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